Disons le "Nichan" !

Il est sans doute grand temps de régler une bonne fois pour toute notre dichotomie sociale s’articulant sur notre incapacité culturelle à appréhender le « droit » dans sa dimension humaine sans venir à chaque fois imposer un dictat idéologique par la voix « incontestable » de la déité et des différents « ISMES » religieux.
Si l’unicité de l’homme est mise en évidence par la similitude de sa condition face au rouleau compresseur « mondialiste », l’unité du « religieux » semble plutôt avoir du mal à prendre pied dans l’entendement des ouailles, chez qui elle s’installe à travers le prisme d’une vision culturelle pas toujours très saine ni dénué de stéréotypes implantés dans un but primaire d’asservissement.
Voila qu’une fois de plus, l’aberrance de cette dichotomie se manifeste par l’absurde d’une condamnation faisant suite à une soit disant atteinte au sacré.
Driss ksikess et Sanae Elaji, le directeur de la publication « NICHANE » et la journaliste auteur d’un dossier sur les blagues marocaines, se voient menacés d’une peine pouvant aller de 3 ans à 5 ans de prison… et cela n’a pas l’air d’être une blague puisque c’est le premier ministre lui-même qui à pris en main l’arrêté d’interdiction de la revue incriminée.
J’ai toujours cru, d’après l’interprétation « commune » des textes religieux que les décrets célestes étaient « centrées » sur l’homme et sa relation au divin dans un but d’assurer le salut de son âme à travers son « comportement » en société. Or il y a des actions, autres que les blagues, nettement plus préjudiciables à l’intégrité « juridique » de l’homme et de son sacré et sur lesquelles personne des défendeurs du sacré ne se prononce jamais...
Si la constitution marocaine s’appuie sur l’article 6 pour décréter la religiosité musulmane de l’état elle n’en garantit pas moins la liberté des cultes ainsi que la liberté d'opinion et la liberté d'expression sous toutes ses formes par l’article 9.
D’un autre côté seule la royauté jouit du statut de « sacralité » et « d’inviolabilité » par l’article 23 de la constitution alors que la sacralité de « DIEU » reste à l’état de convention tacite dans le subconscient collectif et de ce fait reste non régie par les articles de loi civile menant incontestablement le premier ministre à outrepasser ses droits en se prononçant « civilement » sur une affaire de religiosité sur laquelle seul le souverain est « légalement » en mesure de pouvoir de se prononcer ( article 19).
J’aurai bien aimé que l’affaire « annajat », par laquelle près de 30 000 honnêtes ouailles se sont fait déplumés, eut trouvé pareil engouement auprès de notre primature. J’aurai bien aimé entendre crier à l’atteinte à la sacralité devant les débits de boissons où bon nombre de musulmans s’adonnent à l’art de la profanation en toute quiétude sous la garde même d’un gardien de la paix surveillant l’entrée. J’aurai bien voulu voir condamner un de ces tortionnaires des années de plomb à qui tout le monde s’est vite dépêché de donner l’absolution, car apparemment notre système semble plus prompt à pardonner aux « assassins » qu’aux blagueurs.
J’aurai bien voulu que les pourvoyeurs de droit s’exprimant avec la voix de dieu s’inquiétassent un peu plus de la « sacralité » de l’homme... Dieu, dans sa magnificence, étant largement capable de s’inquiéter de la sienne…et sûrement avec plus de discernement.
kb...nichan
articles en références de la constitution marocaine
ARTICLE 6.
L'islam est la Religion de l'Etat qui garantit à tous le libre exercice des cultes.
ARTICLE 9.
La Constitution garantit à tous les citoyens: - la liberté de circuler et de s'établir dans toutes les parties du Royaume;- la liberté d'opinion, la liberté d'expression sous toutes ses formes et la liberté de réunion; - la liberté d'association et la liberté d'adhérer à toute organisation syndicale et politique de leur choix.Il ne peut être apporté de limitation à l'exercice de ces libertés que par la loi.
ARTICLE19.
Le Roi, Amir Al Mouminine. Représentant Suprême de la Nation, Symbole de son unité, Garant de la pérennité et de la continuité de l'Etat, veille au respect de l'Islam et de la Constitution. Il est le protecteur des droits et libertés des citoyens, groupes sociaux et collectivités.Il garantit l'indépendance de la Nation et l'intégrité territoriale du Royaume dans ses frontières authentiques.
ARTICLE 23.La personne du Roi est inviolable et sacrée.