L'émoi de lune

La lune a fendu le bleu du ciel de son quartier sacré, ramenant la paix des méninges, qui par manque de sucre, s’en iront doucement glisser vers la léthargie soporifique de la résonance creuse du raisonnement à ventre vide.
La langue pâteuse, le regard hagard, l’haleine haineuse, le borborygme intestinal en fête…rien de mieux que des entrailles vides pour une descente rapide au plus profond du « moi », dans une introspection affamée de trouver la voie vers cette nébuleuse libidineuse où l’on croise beaucoup plus les coliques de la faim que les tribulations de la foi...bancale de surcroît.
Persévérez quand même, nous dit le sage, c’est toujours au fond que réside la vérité. Travaillez, prenez de la peine (chacun sa fontaine) c’est le fond qui manque le moins et c’est lorsque l’on croit le toucher, le corps cédant au manque, l’esprit vacillant ne sachant plus à quelle sainteté ou quelle satiété se vouer, que vient la délivrance au son libérateur par la voix d’un muezzin.
Le corps enfin reprend ses lois, la vie sans faim reprend ses droits, parfumée de harira, d’odeurs de miel, de feuilletons télés et parfums de rguilas, de soirées choumicha, de génuflexions confondant la posture à la position tant il est vrai que de la levrette au chanoine, dans la pénombre de la nuit…tous les poils sont gris.
Chacun son choix dans les voies qui mènent à la transcendance , pénétrables pour certains qui transcendent les lois , impénétrables pour d’autres qui transcendent le soi…mais tous pour trouver la voie, qui vers l’élévation paradisiaque, qui vers la descente aphrodisiaque.
La paix des ménages quant à elle est une toute autre paire de manches qu’il va falloir retrousser pour faire face à la dépense, les yeux plus grand que le ventre, la poche plus petite que le manque, les bras plus lourds que les casseroles qui ont tendance à la prolifération dans l’évier…
Mais qu’importe la faim, qu’importe la loi, qu’importe le bruit des casseroles plus gourmandes que les ventres, qu’importe les poches plus petites que le manque car l’espace de ce mois, nous vivrons au rythme divin du halo de lune et de son émoi de foi qui unit dans le gris le nanti et le démuni.
Kb…qui vous souhaite un bon mois de Ramadan